Scandale international : Barbie provoque une interdiction inattendue !

Deux films très attendus sont sur le point de sortir le 21 juillet, mais l’un d’entre eux suscite déjà une grande controverse mondiale. Et ce n’est pas le biopic d’Oppenheimer sur le développement des premières armes nucléaires au monde. Non, c’est “Barbie” qui a attisé les flammes de la controverse au Vietnam et aux Philippines cette semaine, provoquant même une interdiction pure et simple dans le premier pays et une réflexion similaire dans le second. Comment une simple poupée peut-elle causer autant de remous géopolitiques ?
Une controverse inattendue
Au fil des ans, Mattel, le fabricant de Barbie, a été critiqué pour ses poupées peu diversifiées, accusées de promouvoir des normes corporelles irréalistes. Mais cette fois-ci, c’est l’inclusion malheureuse d’une ligne controversée sur une carte qui a mis le feu aux poudres. Les autorités vietnamiennes ont interdit la projection du film “Barbie” parce qu’il présente une carte avec les revendications territoriales chinoises contestées en mer de Chine méridionale. Les Philippines envisagent également une interdiction similaire. La ligne en neuf tirets représente les revendications contestées de Pékin sur certaines parties de cette mer stratégique. Le Vietnam, ainsi que Brunei, la Malaisie, les Philippines et Taïwan, revendiquent tous ces territoires. Bien qu’un tribunal international ait statué en 2016 que la ligne en neuf tirets n’était pas valide, la Chine a choisi de ne pas reconnaître cette décision.
Les défenseurs de la liberté d’expression affirment que de telles interdictions ne contribueront pas à résoudre le conflit territorial et pourraient renforcer les systèmes de censure nationaux. Certains estiment même que toute cette situation est exagérée.
Le poids du marché chinois
Depuis des années, les studios américains font face à des critiques concernant leur relation avec la Chine. Il faut dire que le marché chinois, avec ses 1,4 milliard de personnes, est extrêmement lucratif pour l’industrie du divertissement. Le Vietnam et les Philippines ont déjà interdit des films pour avoir inclus la ligne en neuf tirets, notamment “Uncharted” de Sony en 2022 et “Abominable” de DreamWorks en 2019. La série télévisée australienne “Pine Gap” de 2018 a également été interdite au Vietnam, et certains épisodes ont été censurés aux Philippines. L’interdiction de “Barbie” à Hanoï montre que les censeurs sont devenus plus sensibles aux questions de conflit territorial entre le Vietnam et la Chine.
Cependant, certains experts chinois estiment que l’inclusion présumée de la ligne en neuf tirets dans le film Barbie ne préoccupe ni l’un ni l’autre pays. Ils pensent que cela n’aura qu’un impact mineur. Selon Rui Zhong, expert chinois au Wilson Center, “je ne pense pas que ce film soit suffisamment important pour que les ministères des Affaires étrangères s’en préoccupent. La carte représente des vagues dessinées dans l’océan et un soleil au-dessus de l’Afrique, je ne pense pas qu’elle ait une signification géographique précise ou des implications à plus grande échelle en Asie de l’Est ou du Sud-Est”.
Des enjeux plus complexes
Il est vrai que la Chine a construit des îles artificielles dans la mer de Chine méridionale pour étayer ses revendications de souveraineté contestées, ignorant ainsi le droit international. Cependant, interdire purement et simplement des films susceptibles de légitimer ces affirmations ne constitue pas la meilleure solution, selon Michael Caster, spécialiste de l’Asie au sein du groupe de défense de la liberté d’expression Article 19. Il soutient que “les cartes sont politiques et les frontières portent souvent les cicatrices de l’histoire, mais plutôt que de favoriser un débat libre et ouvert, la réponse instinctive à la censure ne soutient généralement pas la justice historique ou transitionnelle”.
Warner Bros., le studio de cinéma derrière “Barbie”, a défendu la carte du film en affirmant qu’il s’agissait d’un simple dessin fantaisiste destiné à représenter le voyage imaginaire de Barbie de Barbie Land vers le monde réel. Cependant, l’inquiétude suscitée par l’interdiction de “Barbie” au Vietnam réside dans le fait que de telles interdictions, davantage liées à la souveraineté qu’à la dissidence politique, pourraient permettre au gouvernement vietnamien d’interdire plus facilement des matériaux qui critiquent véritablement le régime.
Il est clair que l’affaire “Barbie” ne se limite pas à une simple histoire de poupée. Elle met en lumière des questions complexes liées au conflit territorial en mer de Chine méridionale, à la liberté d’expression et à la censure. Le film Barbie pourrait bien devenir le point de départ de discussions plus profondes sur ces enjeux cruciaux.
