Critique de “The Pigeon Tunnel” : Penseur, Joueur, Chercheur, Espion

Critique de “The Pigeon Tunnel” : Penseur, Joueur, Chercheur, Espion

Une conversation captivante avec un fabuleux menteur

Lorsqu’un ancien détective privé s’assied pour interroger un ancien espion et artiste de performance avoué, on peut s’attendre à des échanges verbaux animés, à un peu de défiance ou à des réticences. Et lorsque l’interlocuteur est le cinéaste Errol Morris et que son sujet est David Cornwell, alias le fabuleux fabuliste John le Carré (décédé en 2020), ces attentes ne font que s’intensifier. Pourtant, “The Pigeon Tunnel”, une conversation enregistrée par Morris en 2019 sur une durée de quatre jours (et adaptée du mémoire de Cornwell de 2016 portant le même nom), est tout sauf une confrontation. Les phrases de Cornwell sont aussi crémeuses et rusées à l’oral que sur la page. Poli, urbain et d’une préparation presque surnaturelle, le comportement parfois malicieux de Cornwell forme une sorte de récit parallèle, une carapace fascinante que les flèches interrogatives de Morris ne parviennent pas à percer complètement. Cela élimine la spontanéité du film, mais lui donne une intrigue étrangement satisfaisante : qui manipule qui ?

La maîtrise de la duplicité

Morris est un maître dans l’exploitation de cette dualité et il semble particulièrement jubilant ici. Revenant sans cesse sur les notions de tromperie, de trahison et de performance – les trois piliers philosophiques du film -, il incite Cornwell à évoquer son enfance spectaculairement troublée jusqu’à sa carrière de jeune agent dans le service secret britannique. Un don pour l’artifice est apparu tôt, lorsqu’il a appris à imiter ses camarades de classe de la haute société, à laquelle il n’appartenait pas. L’espionnage lui est venu facilement par la suite, ses aventures pendant la guerre froide suscitant une profonde réflexion sur la nature de la duplicité (selon lui, l’infâme agent double Kim Philby y était accro) et alimentant les romans qu’il écrirait plus tard.

Planant au-dessus de chaque anecdote se trouve toutefois l’ombre redoutable du père de Cornwell, Ronald, un escroc grandiose et le premier menteur du film.

“Je peux voir ma vie comme une succession d’embrassades et de fuites”, dit Cornwell à un moment donné. Et bien qu’il ait réussi à éviter l’étreinte de la dernière escroquerie sans cœur de Ronald – peut-être la plus tragique des nombreuses trahisons du film – il est clair qu’il ne s’est jamais complètement affranchi de l’influence voleuse de son père.

Une plongée dans la psyché de l’homme

Une grande partie de cela sera déjà connue de ceux qui sont familiers avec le mémoire de Cornwell, ses interviews précédentes ou la biographie d’Adam Sisman en 2015. Mais même si vous n’avez jamais lu un roman de le Carré – ou vu l’un des nombreux films qui en ont été adaptés – “The Pigeon Tunnel” ravira les curieux. Cornwell peut décevoir en refusant de discuter de sa vie sexuelle apparemment colorée, mais il semble plus que disposé à dévoiler ses blessures psychologiques. D’une poignante nature est sa peur que les êtres humains n’aient pas de centre, que ce qu’il appelle notre “pièce intérieure” soit vide et que les choses que nous recherchons ne soient que des chimères.

Un portrait captivant

Intellectuellement riche et cinématiquement discipliné (brèves séquences de films, une musique de Philip Glass parfaitement orchestrée), “The Pigeon Tunnel” est un portrait prudent et ludique d’un manipulateur expert. Et bien que la dramatisation par Morris de l’événement éponyme – le souvenir d’enfance de Cornwell, une effrayante partie de chasse – offre une délicieuse métaphore visuelle pour le style d’interview de Morris, ses autres reconstitutions sont inutiles. Laissez-vous emporter par l’éloquence de Cornwell et les images se créeront d’elles-mêmes. Combien d’entre elles sont des inventions, même lui ne pourrait peut-être pas le dire avec certitude.

“The Pigeon Tunnel” est disponible sur Apple TV+.

Source : www.nytimes.com

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Mikael Buxton

Mikaël Buxton est fan de séries télé depuis l’enfance. Il a lancé Series-80.net en 2003 pour partager sa passion des séries cultes des années 70, 80, 90 et début 2000. Aujourd’hui, il continue de faire vivre ces souvenirs en écrivant sur leurs retours, reboots, et secrets de tournage.