Critique : La jeune aveugle et le nazi

Critique : La jeune aveugle et le nazi

Romance et destinée en temps de guerre

Marie-Laure et Werner sont les âmes sœurs destinées à se rencontrer dans la série télévisée Netflix “Toute la lumière que nous ne pouvons voir”. Mais ils se trouvent de part et d’autre d’une division cataclysmique. Elle est une adolescente française qui transmet des messages codés à la commandement d’une armée alliée pendant la Seconde Guerre mondiale. Lui, jeune technicien radio nazi, est chargé de la retrouver dans sa mansarde à Saint-Malo, alors que les bombes tombent et que les troupes américaines se rapprochent.

Des destins croisés

Cependant, malgré leurs différences, Marie-Laure et Werner ont beaucoup en commun. Tous les deux ont surmonté des obstacles -elle est aveugle, il a grandi dans un orphelinat- et ont fait preuve de force et de débrouillardise pour s’en sortir. Werner est un prodige de la radio et les sens de Marie-Laure – le toucher, l’odorat et l’ouïe – sont extraordinaires. Ils ont également un mentor en commun, un diffuseur anonyme appelé le Professeur, dont les leçons, notamment “la lumière la plus importante est celle que vous ne pouvez pas voir”, ont contribué à façonner leur personnalité.

Une mélodie de romance et de résistance

Marie-Laure et Werner incarnent les héros d’une histoire de guerre mélodramatique et triomphale, telle que l’a imaginée Anthony Doerr dans son roman à succès adapté pour la télévision par le scénariste Steven Knight (“Peaky Blinders”) et le réalisateur Shawn Levy (“La Nuit au musée”). Leurs problèmes, une fois enjolivés et rythmés par le suspense, deviennent d’une importance cruciale pour l’histoire. Le récit est ponctué de moments de suspense, de terreur et de violence, mais s’étend également vers la recherche d’un joyau légendaire qui aurait des conséquences néfastes pour quiconque le touche.

Des personnages attachants

Marie-Laure est entourée de deux figures paternelles aimantes : son père réel, qui construit des maquettes détaillées de leur quartier pour qu’elle puisse mémoriser les rues, et son oncle, héros des tranchées de la Première Guerre mondiale, dont les souvenirs horribles l’ont empêché de quitter sa maison depuis 20 ans.

Une adaptation sentimentale et maîtrisée

Si cette description donne l’impression que la série est trop sentimentale et clichée, c’est en partie vrai, mais elle évite tout excès grâce à une certaine retenue et à l’intelligence du scénario de Knight. Bien que certaines scènes puissent sembler mélodramatiques et que la logique soit parfois simplifiée, la série conserve un équilibre qui empêche qu’elle ne sombre complètement dans le ridicule. Si vous êtes prêt à vous laisser émouvoir par cette expérience viscérale, vous ne le regretterez probablement pas. De plus, la production, tournée en France et en Hongrie, et les effets spéciaux nocturnes des combats sont agréables à regarder.

Le manque de profondeur

Cependant, le manque d’épisodes – seulement quatre, ce qui est peu pour Netflix – donne à la série un sentiment d’étouffement narratif. On a l’impression que des éléments importants du livre sont passés à la trappe, ce qui empêche la série de prendre réellement vie.

Les lumières dans l’obscurité

Au final, la série semble insister sur le thème central du roman, à savoir la lumière qui brille à l’intérieur de Marie-Laure et des autres héros de l’histoire : la lumière de la raison qui est éteinte pendant la guerre, la lumière de notre véritable être que nous devons parfois dissimuler pour survivre. Le roman captivant et complexe de Doerr ne nécessitait pas de résumé simplifié. D’un autre côté, même si la série avait été plus longue, elle aurait probablement souffert des mêmes problèmes.

Des performances solides

Malgré cela, les acteurs allemands et autrichiens jouant les nazis se démarquent dans cette production, notamment Louis Hofmann (de la série Netflix “Dark”) dans le rôle de Werner et Lars Eidinger dans celui de l’officier sadique von Rumpel. Malheureusement, il n’y a pas de comédiens français dans des rôles importants. Aria Mia Loberti, une actrice aveugle américaine faisant ses débuts au cinéma dans le rôle de Marie-Laure, est aimable, intelligente, mais un peu fade. Mark Ruffalo, dans le rôle du père de Marie-Laure, essaie tant bien que mal d’incarner une certaine âme française. Hugh Laurie s’en sort le mieux, donnant une substance mélancolique à l’oncle Etienne. Mais quand lui et Ruffalo se trinquent en criant “Vive la France”, on ne peut s’empêcher de dire : “Oh mon Dieu”.

Source : www.nytimes.com

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Mikael Buxton

Mikaël Buxton est fan de séries télé depuis l’enfance. Il a lancé Series-80.net en 2003 pour partager sa passion des séries cultes des années 70, 80, 90 et début 2000. Aujourd’hui, il continue de faire vivre ces souvenirs en écrivant sur leurs retours, reboots, et secrets de tournage.