Le film ultime d’horreur politique fasciste-monstre – Rolling Stone

Augusto José Ramón Pinochet, l’ancien dictateur chilien responsable de dix-sept ans de règne brutal, n’est pas mort, du moins selon le cinéaste chilien Pablo Larraín. Selon lui, Pinochet est un vampire âgé de 250 ans, mordu pendant son service dans l’armée française. Il aurait échappé à la persécution et aurait combattu contre des révolutions en Haïti, en Russie et en Algérie avant de finalement atterrir au Chili en 1935. Sa “mort” en 2006 était en fait une mise en scène. Il vit maintenant dans une propriété à la campagne, se nourrissant principalement de smoothies à base de cœurs humains. Mais Pinochet souhaite se débarrasser de sa condition de vampire, ce qui s’avère plus difficile que prévu. Malgré tout, sa cruelle dictature continue de hanter le peuple chilien.
Le Comte Pinochet
Sous le titre El Conde, Pablo Larraín propose un film horreur conceptuel, une satire politique sombre, une histoire fantastique et une dénonciation des fascistes en tant que véritables monstres. C’est aussi la façon pour Larraín de tenter de comprendre ce qui est arrivé à son pays aux mains d’un homme fou et corrompu. Il a déjà abordé l’héritage de Pinochet dans ses précédents travaux, mais c’est la première fois qu’il s’attaque directement au dictateur en le transformant en vampire. Bien que ce ne soit peut-être pas son meilleur film, c’est incontestablement celui qu’il était destiné à réaliser.
Le Comte Pinochet : une présence dérangeante
Le Comte Pinochet, joué par Jaime Vadell, passe son temps à écouter d’anciennes marches militaires et affiche un désir inébranlable pour sa femme corrompue Lucia. Cependant, après des années passées dans l’ombre sans pouvoir, il souhaite désormais mettre fin à sa vie de vampire. Sa sortie nocturne en quête de sang frais attire l’attention de ses cinq enfants qui viennent à lui avec l’espoir de toucher leur héritage. Parmi eux, il y a aussi Theodor, le fidèle majordome de Pinochet, et Soeur Carmen, une jeune nonne envoyée sur la propriété pour tenir les comptes et procéder à un exorcisme. Mais Pinochet pense que cette tentative est vaine car il est déjà dépourvu d’âme. Malgré tout, il ne peut s’empêcher de tomber amoureux de sa charmante invitée.
Une critique du pouvoir politique
Au-delà de son intrigue, El Conde propose des images saisissantes et mémorables, notamment avec le Comte Pinochet survolant les rues de Santiago, créant une ombre menaçante sur la capitale chilienne. Le choix de filmer en noir et blanc renforce le ton sombre et rappelle l’esthétique des films d’horreur classiques. Le récit met également en avant des figures féminines puissantes, dont la narratrice du film, qui est une critique symbolique des structures de pouvoir politique et des actions commises au nom des dirigeants nationaux.
Si certains peuvent trouver que le film va trop loin dans son concept, tous ne pourront qu’apprécier les images et la manière dont Pablo Larraín dénonce habilement la monstruosité de ceux qui ont détruit le pays. Les monstres de la nuit peuvent être vaincus, mais l’inhumanité qui les a poussés à commettre de telles atrocités persiste.
Source : www.rollingstone.com
