“Sunny” : Rashida Jones en meneuse de troupeaux de chatons robots

“Sunny” : Rashida Jones en meneuse de troupeaux de chatons robots

Une nouvelle ère pour les séries TV américaines avec le Japon

De “Shōgun” à “Blue Eye Samurai” en passant par “Tokyo Vice”, le Japon connaît un véritable essor à la télévision américaine. L’année dernière, Apple TV+ a introduit “Drops of God”, une adaptation en live-action d’un manga traitant d’une crise de succession au sein d’un empire du vin, aux téléspectateurs américains. Avec “Sunny”, sa nouvelle comédie dramatique de trente minutes produite par A24 et avec Rashida Jones dans le rôle d’une femme au foyer américaine à l’étranger, la société poursuit cette tendance. Cette série policière qui associe Suzie Sakamoto de Rashida Jones au personnage principal, un “homebot” intelligent que Suzie a hérité de son mari disparu, offre une vision immersive et captivante du futur proche, même si l’intrigue centrale ne parvient pas toujours à susciter du suspense fondé sur les personnages.

Une esthétique soft sci-fi pour une série inédite

“Sunny” se distingue par son esthétique soft sci-fi rappelant le film de Spike Jonze, “Her”. Suzie, Masa et leur jeune fils vivent à Kyoto, une ville dotée d’une architecture historique et de sites religieux sereins, en contraste avec la Tokyo dense, haute et illuminée de néons. Ce décor offre un arrière-plan idéal à la domesticité agréable de la technologie de la série, des droïdes collecteurs de déchets aux “appareils” de type Game Boy remplaçant les smartphones. Adaptée par Katie Robbins du roman de Colin O’Sullivan “The Dark Manual”, “Sunny” tire le meilleur parti de l’équipe artistique, notamment du directeur artistique Shinsuke Kojima et du chef décorateur Masaharu Maeda.

Un portrait captivant de la solitude et de l’amitié

Suzie lutte pour naviguer dans cette nouvelle réalité, environ dix ans après la nôtre, même avant que Masa et son fils ne disparaissent suite à un crash d’avion suspect. Ayant perdu sa mère dans un accident de voiture autonome, Suzie est technophobe et déteste les robots. Elle prétend que sa dyslexie rend l’apprentissage de nouvelles langues difficile, mais au fil des dix épisodes, on entrevoit l’insistance de Suzie sur l’anglais comme l’une de ses nombreuses tendances misanthropiques. Malgré tout, l’absence soudaine de sa famille nucléaire pousse Suzie à demander de l’aide, que ce soit à sa belle-mère Noriko ou à son nouvel ami Mixxy, un barman qui propose d’aider Suzie dans son enquête sur le sort de sa famille.

Par nécessité, Suzie finit même par compter sur Sunny. Bien que ce compagnon voix par Joanna Sotomora ressemble à un Michelin Man plus globulaire avec un affichage animatronique, il a été codé sur mesure par Masa avec une personnalité aussi grincheuse que sa femme. Peu à peu, les deux deviennent des collaborateurs, voire presque des amis.

Des moments forts malgré des faiblesses narratives

Cette dynamique est attachante et Jones joue avec brio face à son partenaire de scène anthropomorphe. Mais “Sunny” peut parfois s’écarter de sa mission principale visant à expliquer la solitude de Suzie et, rétrospectivement, son mariage. Les yakuzas apparaissent comme des méchants stéréotypés et la cheffe en devenir Hime ne retient pas notre attention malgré sa coiffure remarquable. Noriko est mise à l’écart du reste du casting, et toute possibilité d’aperçu sur son fils s’envole.

À la fin, le public n’a pas suffisamment de clarté sur Suzie pour que son parcours paraisse pleinement satisfaisant ; on ne découvre jamais, par exemple, ce qu’elle a laissé derrière elle aux États-Unis. Cependant, ce Japon alternatif et surréaliste offre des séquences magistrales, comme un essaim de drones d’entreprise portant des casques de réalité virtuelle pour une routine d’étirements coordonnée tout droit sortie de “Severance”. L’avant-dernier épisode, un jeu télévisé fictif dans l’esprit mécanique de Sunny, parvient à marier la construction de l’univers de la série à son contenu émotionnel. Même si “Sunny” ne touche pas toujours ce point idéal de manière constante, il est agréable de savoir qu’il est là.

Source : variety.com

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Mikael Buxton

Mikaël Buxton est fan de séries télé depuis l’enfance. Il a lancé Series-80.net en 2003 pour partager sa passion des séries cultes des années 70, 80, 90 et début 2000. Aujourd’hui, il continue de faire vivre ces souvenirs en écrivant sur leurs retours, reboots, et secrets de tournage.