“Fingernails” : Un supplice cinématographique

La douleur de l’amour, ou plutôt de ne pas savoir si l’être aimé nous aime en retour (et donc si nous l’aimons vraiment) est traitée métaphoriquement dans le film “Fingernails” de Christos Nikou. Ce conte transforme la délicate poésie excentrique du premier long métrage du réalisateur “Apples”, une méditation sur le deuil, la mémoire et l’identité, en compote de pommes.
Une technologie pour résoudre les incertitudes de l’amour
Tout comme “Apples”, qui se déroulait dans une dystopie rétro-futuriste intemporelle sans téléphones portables et où les lecteurs de cassettes étaient utilisés comme outils thérapeutiques pour soigner une épidémie d’amnésie, “Fingernails” se déroule dans un univers qui ne ressemble que partiellement au nôtre. Les gens sont toujours tourmentés par les incertitudes de la romance : sommes-nous faits l’un pour l’autre ? Cela se terminera-t-il par du chagrin ? Et tous les autres mystères des temps que Taylor Swift aime chanter.
Mais à la suite d’une “crise” non spécifiée similaire à une pandémie, causée par l’imprévisibilité de la passion, une solution a été trouvée. Une technologie a été développée, au sein d’un institut appelé l’Institut de l’Amour, pour permettre aux couples de déterminer si Cupidon est vraiment à l’oeuvre. Tout ce qu’il faut faire, c’est arracher un ongle de la main de chaque partenaire – directement à la racine de l’ongle, sans anesthésie, en utilisant des pinces – et placer les morceaux ensanglantés de kératine dans un appareil qui ressemble à un four micro-ondes de l’ère soviétique connecté à un vieux moniteur d’ordinateur à tube cathodique. Au bout de quelques secondes, les résultats sont là : positif, ce qui signifie que votre amour est réel ; négatif, ce qui signifie qu’il ne l’est pas ; ou “50%”, ce qui signifie que l’un de vous ne ressent tout simplement rien. (Mais il est impossible de dire qui est sans cœur. Une autre forme de souffrance !)
Un triangle amoureux déjanté
Jessie Buckley et Jeremy Allen White incarnent le couple au centre de ce récit, qui se révèle être aussi fou qu’il en a l’air. Ils ont déjà été testés : positifs, et ils ont le certificat pour le prouver. Mais il n’est pas difficile de deviner, d’après des preuves aussi peu scientifiques que le tremblement des lèvres ou le petit mensonge de l’un envers l’autre, qu’il peut y avoir des problèmes au paradis. Lorsque Anna, interprétée par Buckley, accepte un emploi d’administration de tests et de formation relationnelle à l’Institut, travaillant avec Amir, le séducteur charmant joué par Riz Ahmed, le film prend les allures d’un triangle amoureux classique, bien que les circonstances soient inédites. Le casting est excellent dans l’ensemble.
Ce qui dérange ici, ce n’est pas la familiarité du scénario, mais son absurdité. Si “Apples” était également étrange d’une manière qui flirtait avec la préciosité, il évitait néanmoins l’outrageante illogique, réalisant une danse délicate entre le sublime et l’idiotie. Une société qui possède des voitures de dernière génération et de la musique enregistrée, mais pas d’OxyContin ? (Les sujets du test mordent sur des morceaux de bois lors de l’extraction, et les caméras cinématographiques sont toujours couramment utilisées.) Où et quand se déroule cette histoire ?
L’amour et la torture
La torture comme métaphore de l’amour manque également sa cible. Si Nikou, qui a co-écrit le scénario avec son collaborateur de “Apples” Stavros Raptis et Sam Steiner, veut se moquer des comédies romantiques ou des amours non partagées, il frappe à la mauvaise porte. Il lui suffit d’écouter la chanson de 1967 des Young Rascals “How Can I Be Sure?” pour savoir d’où vient la douleur : ce n’est pas le fait de savoir qui fait mal, mais l’incertitude.
Réalisateur : Christos Nikou
Avec : Jessie Buckley, Jeremy Allen White, Riz Ahmed
Durée : 112 minutes
Disponible sur Apple TV Plus. Contient un langage fort et, eh bien, de l’arrachage d’ongles.
Source : www.washingtonpost.com
