Journalisme : Netflix et Billie Eilish ne suffisent pas pour la crise climatique

La crise climatique est devenue incontournable dans notre quotidien. Que ce soit à la télévision, dans les divertissements ou dans les livres, le sujet est omniprésent. Pourtant, la couverture de cette problématique par les médias d’information est loin d’être à la hauteur de l’urgence de la situation.
Le déficit d’engagement des médias d’information
De manière inexplicable, les médias d’information généralistes considèrent encore le changement climatique comme un sujet de niche. En effet, la plupart des couvertures télévisuelles des événements récents liés aux conditions climatiques extrêmes n’ont même pas mentionné le terme “changement climatique”. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour que les médias d’information comprennent l’importance et l’impact du changement climatique.
Il existe cependant quelques exceptions notables, tels que le journal The Guardian, l’agence de presse AFP et Al Jazeera, qui proposent régulièrement des articles scientifiques approfondis sur la crise climatique et ses solutions. Mais malheureusement, ces médias restent des exceptions et la plupart des autres médias, notamment la télévision qui reste la principale source d’information pour la majorité des gens, peinent à aborder ce sujet de manière adéquate.
Nous, fondateurs de Covering Climate Now, une collaboration mondiale de journalistes visant à briser le “silence climatique” qui prévalait depuis longtemps dans les médias, travaillons pour aider nos collègues journalistes à améliorer leur couverture de l’actualité climatique.
Un progrès encourageant mais insuffisant
Depuis 2019, nous constatons des progrès encourageants : des médias importants, tels que The Washington Post, traitent désormais du changement climatique comme d’un sujet quotidien plutôt que comme une simple information météorologique. La chaîne de télévision en espagnol Telemundo 51 à Miami adopte une approche “toute la rédaction” qui encourage les journalistes à aborder le changement climatique dans tous les domaines.
En France, France Télévisions a abandonné les bulletins météo traditionnels au profit d’un “bulletin météo-climat” quotidien, permettant aux téléspectateurs de suivre le réchauffement climatique en temps réel. Cependant, il est encore nécessaire de relier les changements climatiques aux décisions prises par les industries et les gouvernements responsable du réchauffement de la planète.
Un défi pour le journalisme
En tant que journalistes, nous devons faire mieux. Le grand public a besoin de comprendre ce qui se passe, pourquoi cela compte et surtout, qu’ils peuvent agir en votant, en évitant d’acheter des produits non durables et en en parlant à leurs amis et à leur famille.
Le journalisme est le plus efficace lorsqu’il explique et connecte les différents événements. Nous devons adopter la même approche pour la couverture du changement climatique. Le changement climatique ne devrait pas être traité comme un sujet isolé, mais comme un fil conducteur qui se mêle à toutes les facettes de notre travail journalistique.
Les médias doivent également trouver un moyen de rendre le changement climatique central dans la couverture politique. Les prochaines élections auront des conséquences majeures sur les actions mondiales en matière de climat, et il est essentiel que les journalistes interrogent les candidats sur leurs plans pour faire face à la crise climatique.
Enfin, nous avons besoin de davantage de couverture sur les solutions au changement climatique. Il est important de ne pas se concentrer uniquement sur les problèmes, mais aussi sur les moyens de les résoudre.
Conclusion
La conférence “Climate Changes Everything: Creating a Blueprint for Media Transformation” organisée par la Columbia Journalism School sera l’occasion d’échanger sur ces sujets et de mettre en avant les meilleures pratiques de couverture climatique de l’année écoulée. Il est essentiel que les nouvelles concernant l’environnement soient diffusées de manière plus large et plus fréquente. Seulement lorsque le grand public comprendra les enjeux et les conséquences du changement climatique, pourra-t-il exercer suffisamment de pression sur les gouvernements et les entreprises pour qu’ils changent de cap.
De nombreux médias ont fait des progrès significatifs ces dernières années, mais l’industrie de l’information dans son ensemble doit encore faire face à cette crise de manière beaucoup plus sérieuse. Les nouvelles doivent remplir leur rôle et ne pas laisser aux divertissements la tâche de sensibiliser le public à un sujet aussi crucial.
Source : www.aljazeera.com
